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< Photo : THE KLAXONS .
Les pages défilent, les phrases s'accumulent, les mots s'amoncellent. Le noir de l'encre coule, couvre et assombrit chaque parcelle de mes idées irrationnelles. Je devrais arrêter de fureter ce livre, de le scruter, de trop m'hasarder entre ces lignes inextricables et truffées de leurres, il ne contient que des choses néfastes et nuisibles à mon esprit, ou plutôt à mon état d'esprit. Je n'y arrive pas ! Ce livre me plaît, il me parle sincèrement et ouvertement, il me rassure sur le passé, sur mes idées, mes choix, mon enfance, ma jeunesse, mon amour pour les choses de la vie. Ce livre me fait mal, me plonge dans d'affreuses et éc½urantes introspections, m'oblige à plonger en moi et à emprunter des chemins scabreux, me pousse à visiter les anciennes images. Ce livre est étonnant, il me fait du bien et il me fait du mal. Il me donne la vie. Je le lis avec avidité, je le dévorerais presque, mais je traîne, j'hésite à le finir. A chaque lecture, c'est une écorchure accompagnée d'une montée infinie d'adrénaline, une mutilation, un plongeant violent et sans retour, un choc électrique qui foudroie mon corps, fait bouillir mon sang, fait suer ma peau... Chaque page s'inscrit en moi par une entaille profonde, par une blessure, si bien que j'y vais lentement, je tarde, je distrais et égaye mon esprit par quelque activité non littéraire. J'ai peur de terminer, de finir, peur de me déshabituer à cette lecture introspective, à ces pages ni trop blanches, ni trop jaunes, à ces mots cinglants et saignants, à cette prose psychotique et préoccupante, à cette vie de papier... Je ne veux pas revenir au réel, pas pour l'instant, l'être ne va pas bien. Je ne peux pas l'aider. Je ne peux pas le secourir. Je ne peux que lui écrire, je ne peux que l'apaiser de mes mots. Je me sens faible, je me sens lâche, et j'en veux à l'être de m'avoir tant happé, de m'avoir tant dépourvu de mon égoïsme, de m'avoir privé de mon indifférence. Je m'inquiète, je m'agite, j'imagine son trouble et j'ai mal. Ce livre m'éponge, me débarrasse et m'acquitte de ces douleurs tout en les exacerbant. Je n'y comprends rien ! C'est peut-être une illusion ou une divagation. C'est comme si l'être est tantôt là, à tourner les pages, à lire avec moi, à orienter mes yeux sur les mots clés, tantôt loin, dans son monde, détaché de moi, pris par ses rêves, par ses tourments. Dans ce livre, j'apprends. Dans ce livre, j'attends. Dans ce livre, je ressens.
♪l Jackson Waters - Center Of Attention